Multi-césarisée

Et trois césariennes !

Les années ont passé et mes envies de maternité se sont plus ou moins envolées. Mais patatras, j’ai eu 40 ans et le doute s’est insinué vilainement en moi… Etais-je bien sûre de ne plus vouloir d’enfant ? Incapable de me décider, je m’en suis remise au destin. Et ma 3ème s’est annoncée à son tour ! Je savais alors que j’aurais droit à une troisième césarienne. La sage-femme m’avait bien expliqué avant que je sorte de l’hôpital d’Orsay que désormais tout accouchement par voie basse était exclu. Effectivement, un utérus doublement césarisé est susceptible d’être victime d’une déchirure en cas de fortes contractions. Je dois dire que sans doute l’idée d’une 3ème césarienne avait contribué à calmer mes envies de grossesse toutes ces années. Mon gynécologue m’avait pourtant précisé le sourire jusqu’aux oreilles que son record de césariennes était de sept !

Malgré mon manque d’enthousiasme pour un nouvel accouchement, il allait falloir la sortir, la petite ! Le gynécologue me rassura sur le fait que l’ultime césarienne serait bien effectuée exactement au même endroit que les précédentes. Cette fois, il n’a même pas été question d’attendre une contraction : nous avons posé de manière pragmatique la date de l’accouchement juste avant Noël par convenance personnelle alors que bébé devait naître le 5 janvier. Bien sûr le gynécologue nous avait assuré que deux semaines d’avance étaient anodines quant au développement de l’enfant.

Je n’ai pas eu droit à un scanner pour vérifier la largeur de mes hanches comme lors de ma seconde grossesse. J’ai juste rencontré brièvement un anesthésiste qui m’a posé quelques questions comme pour ma seconde fille. Très étrangement il n’était pas le spécialiste qui s’occuperait de moi le jour J et il le savait déjà. C’était bien dommage car j’avais l’intention de lui demander l’autorisation de faire entrer mon mari avec moi au bloc. Effectivement j’avais discuté avec un collègue qui m’avait expliqué avoir pu assister à la césarienne de sa femme (côté tête de la mère bien sûr). Quand j’avais demandé à mon gynécologue si c’était envisageable, il m’avait répondu que tout dépendait de l’anesthésiste. Je ne saurais si nous allions pouvoir vivre ce moment ensemble que le jour même.

La nuit avant mon ultime césarienne, j’ai bien évidemment mal dormi. Je me suis présentée à 9h après un petit déjeuner très léger comme demandé par l’hôpital. Je m’étais bien douchée intégralement à la bétadine le matin même et le soir d’avant. Je me suis débarrassée toute seule de mes poils cette fois. J’ai même opté pour la cire pour ne pas connaître les démangeaisons provoquées par la repousse. Cela m’a fait un mal de chien, sans doute plus que la césarienne, j’ai poussé quelques hurlements !

 Puis j’ai patienté. Autant dire que je n’étais pas franchement sereine. Une élève sage-femme m’a posé le cathéter pour m’injecter de l’eau. Comme cela ne voulait pas couler assez vite, elle a ouvert un grand coup le petit robinet et j’ai senti comme une boule entrer brutalement dans ma veine. J’ai pris sur moi en attendant d’entrer au bloc. On est venus me chercher vers 13h, je ne me sentais pas très bien : j’avais les boyaux douloureux.

Mon bras me lance. J’y jette un coup d’œil, le redresse et là, que vois-je ? Un jambon ! Mon bras avait triplé de volume du côté du cathéter. Il était aussi tout rigide. Mes tempes commencent à bourdonner, ma vue est obscurcie par un voile noir : bref je commence à tomber dans les pommes. Les infirmières s’affolent un peu : « Oh la la, ça a diffusé dans son bras ! Vite de l’alcool.  » Elles embobinent mon bras ou plutôt le jambon, dans un linge imbibé. Je commence à reprendre mes esprits après cinq minutes de pause. On m’emmène enfin au bloc. Stupéfaction ! Ses fenêtres donnent sur les voies du RER B. Je vais voir mon RER habituel passer devant moi pendant que j’accouche. Il y a plusieurs infirmières, mon gynécologue et une anesthésiste.

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Mais voilà, il fallait encore pimenter un peu plus ce dernier accouchement. J’ai beau faire le dos rond comme une forcenée, l’anesthésiste ne parvient pas à injecter la rachianesthésie. Elle pique et repique et rien n’y fait. Et elle râle comme si c’était de ma faute. Cela dure bien un quart d’heure comme cela. J’ai les nerfs à bout, mes jambes commencent à tressauter entamant un début de gigue. « M…, qu’on en finisse !!! » (je l’ai pensé très fort) On appelle alors un autre anesthésiste à la rescousse, un homme cette fois. Vigoureusement il enfonce cette fichue aiguille dans mon dos et miracle du premier coup le produit commence à se diffuser. Même sensation de jambes sans force… Mon mari n’a pas eu le droit d’entrer : les anesthésistes n’ont pas voulu. Quand on voit la galère que cette rachianesthésie a été, cela peut se comprendre. Mais je pense que le refus datait d’avant cette petite complication…

L’obstétricien en un tour de main pratique l’incision. Bébé est né. Elle n’a pas fatigué, elle ne s’y attendait même pas. Un poussin né par césarienne à une jolie petite bouille de poupon. L’infirmière me la tend pour que je l’embrasse. Et déjà la voici partie pour un peau à peau avec son père. Pendant ce temps, la mienne est refermée avec des agrafes , chaque médecin à sa technique préférée. J’ai encore été un peu ballottée, mais le plus dur est fait… Mon gynécologue-obstétricien m’a parlé pendant l’opération et j’ai même tenté une plaisanterie.

Maintenant j’ai hâte de revoir ma petite. En salle de réveil, impossible de m’assoupir. Je suis survoltée, j’écoute et observe tout ce qui se passe autour de moi. Au bout de deux heures, on me ramène à ma chambre. Alléluia, notre véritable rencontre a lieu. Comme pour mes deux précédentes césariennes, j’ai du mal à me redresser, même si la douleur est faible grâce aux antalgiques. J’ai plutôt mal au dos à force d’être courbée. Je garde la sonde le temps réglementaire. Aller aux toilettes est compliqué car je ne maîtrise plus du tout les muscles de mon ventre. En fait, c’est comme si mes muscles avaient disparu. Mais après quelques jours tout rentre dans l’ordre.

La peau tuméfiée est insensible tout autour de la cicatrice. Les infirmières me rassurent sur le fait que les sensations finiront par revenir, ce qui est vrai mais beaucoup plus long que ce dont je me souvenais. Je constate que le léger renflement de peau qui était apparu sous la cicatrice suite à la seconde opération  est toujours là. La sage-femme me confirmera que la plupart des femmes césarisées ont de petites bosses à cet endroit. J’ai été contente qu’on ne m’oblige pas à aller prendre une douche dès le second jour comme la seconde fois, ce qui m’avait quasiment fait m’évanouir. L’élève sage-femme m’a lavé directement dans mon lit.

Par contre petite complication, je ne parviens pas à uriner suffisamment vite après le retrait de la sonde et ai droit à une vidange de la vessie avec un petit tuyau. Petit moment humiliant sans doute inutile car j’ai refait pipi très vite en toute autonomie dans la foulée. Comme pour les trois césariennes précédentes, on m’injecte plusieurs fois par jour (2 fois ?) dans les cuisses un anticoagulant pour éviter toute phlébite. Mon bébé ne prenant pas suffisamment de poids, je suis contrainte de rester le temps réglementaire. J’ai tout de même droit à l’hospitalisation à domicile : une sage-femme viendra tous les jours vérifier que tout se passe normalement.

Dès mon retour à la maison – hourra, quel soulagement – j’appelle la sage femme indiquée par la sécurité sociale et je pose avec elle les rendez-vous de la semaine. Celle-ci a refusé de respecter le délai indiqué par l’hôpital pour enlever les agrafes car elle jugeait que la cicatrice n’était pas suffisamment refermée. Je lui ai fait toute confiance. On a donc pris notre temps pour enlever les agrafes. J’ai bien fait attention de ne rien porter de lourd pour éviter que la peau ne craque. Grande angoissée que je suis, je me suis faite une frayeur et ai appelé en urgence la sage-femme. J’ai cru que la peau devenait noire (que je pourrissais ?!?!?) au milieu de la cicatrice. En réalité, en me décidant enfin à la savonner plus vigoureusement, je me suis aperçue qu’il s’agissait d’une croûte qui ne demandait qu’à tomber… Bonjour l’hypocondrie !


Et après ?

J’ai enfin décidé de devenir amie avec ma cicatrice et l’ai enduite consciencieusement de Cicalfate pendant plusieurs mois. Celle-ci me l’a bien rendu et est à ce jour tout à fait « charmante » : un vrai smiley gravé dans ma peau. Elle a retrouvé toute sa sensibilité et mes abdominaux sont opérationnels comme auparavant. Est-ce que les séances de rééducation du périnée m’ont été utiles ? Sans doute. En tous les cas, chaque césarienne m’a valu mes séances d’électrostimulation : des heures à gravir des montagnes virtuelles grâce à la force de mon périnée.

J’ai pu discuter avec d’autres femmes ayant connu les deux types d’accouchement. Bizarrement les sons de cloche étaient très différents selon les témoignages : certaines ont préféré par voie basse, d’autres la césarienne. J’imagine que tout dépend du contexte dans lequel c’est pratiqué, de l’accompagnement proposé à la parturiente et de ses désirs. Pour ma part, je n’ai pas eu le choix mais ce serait à refaire je le referai mille fois, mes trois filles étant les plus grandes joies de ma vie (bon, et aussi parfois les plus grandes enquiquineuses). Au final, trois fois césarisée, j’ai effectivement trois fois tiré le gros lot !

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