The milky way (ou allaiter)

S’il est bien un sujet qui ne laisse pas indifférentes les femmes, c’est l’allaitement. Chaque fois qu’il est arrivé sur le tapis lors de nos pauses, mes jeunes collègues ont poussé les hauts cris, souvent dégoutées par l’idée de ce contact très intime avec leurs futurs bébés. Il est vrai qu’à notre époque le sein est extrêmement sexualisé, ce qui pourrait faire croire que la nature en a doté les femmes pour le simple agrément des hommes. Le sein a même été tellement érotisé que pour beaucoup voir un enfant téter sa mère est tout bonnement indécent.

En toute honnêteté, avant d’être mère, l’idée d’allaiter ne m’emballait guère. Mais la suite des événements a décidé de cela pour moi.

Débuts contrariés… et contrariants

Effectivement en 2008, au bout de 6 mois et trois semaines, du fait d’une prééclampsie, j’accouchais en urgence d’une enfant prématurée. Epuisée, un peu déprimée, j’essayais de créer du lien avec mon bébé, hospitalisé dans un service de réanimation.

J’ai connu alors une véritable pression du personnel médical pour que j’allaite mon enfant. Les sages-femmes insistaient sur le fait qu’un prématuré a besoin de lait maternel : il fallait donc que je tire mon lait avec un tire-lait électrique pour lui en apporter chaque jour, jusqu’à ce que ma petite ait la force de téter elle-même. Ses premières semaines de vie, il lui était injecté directement dans l’estomac grâce à une sonde. Une machine avait donc été louée dans une pharmacie (la location est remboursée par la sécu) et je me suis échinée jour après jour pendant un temps qui me paraissait infini, pour obtenir un fond de biberon.

Je trouve ces machines franchement désagréables à utiliser : la succion de la ventouse me faisait vraiment mal, le bruit du moteur agaçait mes tympans et la vision de mes mamelons déformés par cette sorte de traite me parut très rebutante. Une semaine, deux semaines et pour quasiment rien ! Piteusement je ne ramenais pas plus de 30 ml chaque jour…

Les sages-femmes m’encourageaient à continuer alors que l’utilisation de cette machine me crispait chaque jour davantage. Effectivement les bébés prématurés ne peuvent pas boire de lait industriel au début, leur estomac ne le supporte pas. C’est donc un lactarium, collectant les dons de lait de femmes en produisant beaucoup, qui fournit aux petits prémas « du lait de femme ». Il faut savoir que la taille de la poitrine n’a rien à voir avec le volume produit : dans la salle du service néonatologie dédiée « au tirage de lait », j’avais rencontré une mère qui se désolait de produire très peu, elle qui avait pourtant une poitrine plus que généreuse !

Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Un soir, la puéricultrice m’a mis ma fille au sein qui, bien que minuscule, s’est mise à téter avec force. J’ai eu alors l’espoir qu’un allaitement naturel me permettrait de produire désormais assez de lait. Mais étrangement la petite n’a jamais recommencé par la suite quand on a réitéré l’essai.

A bout de nerf, j’ai fini par rendre cette fichue machine. Heureusement ma fille s’est vite faite au lait industriel qui lui a été introduit environ deux mois après sa naissance. J’ai très longtemps culpabilisé de ne pas l’avoir allaité. Pas tant pour la symbolique mais pour son immunité. J’avais lu à plusieurs reprises qu’un enfant allaité bénéficiait des anticorps de sa mère pendant un certain temps. Comme mon bébé a ensuite enchaîné les bronchiolites… Or dans le livre « Bébé, dis-moi qui tu es », le docteur Philippe Grandsenne remet en question cette croyance. Bizarre car sur internet des articles de sources sérieuses indiquent l’inverse.

Ma deuxième expérience de l’allaitement m’a fait comprendre que je n’avais pas eu de montée de lait suite à mon premier accouchement, je n’obtenais jamais de ces séances de traite que du colostrum qui est le liquide précédant le véritable lait. J’avais sans doute été trop en miettes physiquement suite à cette grave maladie de grossesse. Bref, cela avait été un coup d’épée dans l’eau…

Lait lait land

Ma seconde grossesse s’est déroulée sans problème, si ce n’est une seconde césarienne. J’étais décidée à tester l’allaitement. Si cela ne me plaisait pas, j’arrêterais tout simplement. Là, miracle ! J’ai découvert le « plaisir » de la montée de lait… La poitrine en feu, les seins au bord de l’explosion. Je sentais même sous la peau les glandes mammaires formant comme des boules.

Les premiers temps ont été rudes du fait de crevasses : la peau fine et fragile des mamelons est alors craquelée, saignotte, attaquée par la salive et les gencives du bébé. Cela fait un mal de chien ! La sage-femme qui avait accompagné mon retour à la maison m’a indiqué alors la crème à la lanoline de Lansinoh qui a réglé définitivement mon problème. Tous les jours (une fois pour moi), il faut appliquer consciencieusement ce produit sans aucun goût mais à la texture très grasse sur le bout des seins.

Ma fille étant très goulue, elle tétait vigoureusement et j’avais donc beaucoup de lait ; j’ai pu proposer un allaitement exclusif à mon enfant. Le lait vient à la demande du bébé. D’après les témoignages de mon entourage, certains petits ont apparemment du mal à téter, tandis que certaines mamans ne produisent pas suffisamment ou ont des mamelons plats, pas adaptés à la tétée, ce qui oblige à passer au biberon.

Photo de Dominika Roseclay sur Pexels.com

Pendant les trois premiers mois de vie de ma cadette, l’allaitement a été un pur bonheur. Elle dormait dans notre chambre et n’avait pas besoin de pleurer pour que je la prenne. Mon sommeil étant très léger, je la mettais au sein dès qu’elle commençait à s’agiter dans son berceau. Tranquillement allongée dans mon lit, je l’allaitais des deux côtés puis la remettais déjà endormie dans son lit gentiment. Et le tour était joué… Pas besoin d’aller à la cuisine chauffer un biberon en pleine nuit ! J’avais détesté les préparatifs pour mon aînée à 3h du matin, seule avec moi-même (surtout quand le bébé hurle à côté).   

Comme je recommençais le travail quatre mois après sa naissance, j’ai préféré arrêter : je ne me voyais pas tirer mon lait (très mauvais souvenirs de l’engin). J’avais d’ailleurs une collègue qui l’a fait entre midi et deux dans la salle de détente pendant une année et qu’est-ce que j’ai pu entendre de moqueries à son encontre venant d’ailleurs aussi bien d’hommes que de femmes ! La pauvre, elle ne faisait jamais que ce qui lui semblait le mieux pour son enfant et cela ne regardait qu’elle.

Quel bilan positif : un bébé grassouillet qui n’a jamais été malade les mois suivants (aucune maladie bronchique, ni ORL), aucune prise de poids pour moi suite à cette seconde grossesse, et surtout des moments de tendresse à profusion ! Seul bémol peut-être côté paternel : ma petite n’avait alors qu’une passion dans sa vie, moi !

Doublé mixte

A quarante ans bien sonnés, j’ai été mère pour la 3ème fois en décembre dernier. Huit ans s’étaient écoulés depuis ma seconde grossesse et j’avais sans doute un peu idéalisé ma dernière expérience d’allaitement : j’étais donc absolument convaincue qu’il fallait remettre ça. La montée de lait n’a pas déçu mes attentes : Pamela Anderson n’avait qu’à bien se tenir (et Lactalis aussi). Mais contrairement à ma précédente expérience, je souffrais tellement de cette explosion lactée que je fus obligée de louer un tire-lait pour ôter le trop plein. En 8 ans, aucune amélioration technologique n’a révolutionné ces machines ! Mais au bout d’une semaine de nuits blanches, maman bien mûre, je n’avais plus du tout les yeux en face des trous et commençais en clair « à péter un câble » ! Mon mari me proposait alors de gérer le soir pour que je puisse dormir en début de nuit. Nous avons donc débuté l’allaitement mixte.

Souvent on nous met en garde comme quoi le bébé risque de se détourner du sein car le débit est moins important que celui du biberon et lui demande donc plus d’efforts de succion. Pour ma part, l’alternance biberon / sein n’a posé aucun problème, la petite (et oui encore des œstrogènes dans la famille) prenant autant l’un que l’autre. Cela avait ses avantages car je pouvais alors lui donner le biberon dans des endroits où donner le sein ne me mettait pas à l’aise : salle d’attente, soirée chez des amis, etc. Cela a permis à mon mari de créer du lien avec sa fille, yeux dans les yeux, soir après soir. Quant à moi, je pouvais quitter la maison pour vadrouiller seule (la liberté !)

Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Cependant, pendant ces 8 mois pleins d’allaitement, j’ai connu quelques moments d’angoisse. Les seins au début de l’allaitement sont très tendus, presque durs sous les doigts. J’avais d’ailleurs des écoulements de lait spontanés parfois très abondants. Mais au fil des mois, ma poitrine est devenue plus souple. Je n’avais plus l’impression que le lait coulait à flot. Ma fille avait-elle suffisamment ? Elle ne pleurait pas, semblait repue mais, n’ayant aucune idée des volumes ingérés, je ne pouvais m’empêcher d’être inquiète. Le médecin m’a rassuré en me montrant la courbe de croissance qui était bien continue. En clair, un enfant qui ne pleure pas a son content de lait.

Souci bien réel cette fois, j’ai eu des galactocèles ou « kystes de lait ». Certains se résorbent d’eux-mêmes (la posture de la louve peut aider : pensez à Romulus et Rémus !) mais ce n’est pas toujours le cas. J’avais senti une boule sous la peau qui m’avait immédiatement tétanisé, moi qui suis hypocondriaque. Le gynécologue n’était pas inquiet mais il a préféré m’envoyer faire une échographie. Celle-ci a révélé une grappe de kystes de lait, tout ce qu’il y a de plus anodin. Elle devait se résorber à la fin de la période d’allaitement. Les kystes de lait peuvent être dus à une mauvaise position d’allaitement ou à un soutien-gorge mal ajusté.   

Je vais clore le chapitre de mes mésaventures de mère martyre (mdr) en me remémorant ces quelques nuits de désespoir quand ma fille avait décidé de ne pas lâcher le sein. Je peux vous assurer qu’au bout de deux heures avec la petite ventousée à mon mamelon, j’étais au bord de la crise de nerfs, de larmes, de tout… Dans ces cas-là, on se retrouve relégué au rang de grosse sucette destiné à détendre bébé. Dur quand il est 3h du matin. Heureusement cela ne s’est pas répété trop souvent.

Au rayon « Equipement »

L’un des avantages indéniables de l’allaitement est son coût ridicule comparé au biberon. Dans mon cas, j’ai donc acheté en 8 mois deux crèmes contre les crevasses : la crème HPA Lanoline de Lansinoh (attention, certaines pharmacies la vendent terriblement cher par rapport à Amazon), puis la lanoline végétale de Dodie, vendue en parapharmacie. Les deux produits m’ont parfaitement convenu. Je me suis aussi offert trois soutiens-gorges d’allaitement.

A ce sujet :

N’achetez pas sur internet votre soutien-gorge ! J’ai fait l’erreur d’y acquérir une brassière d’allaitement qui me compressait la poitrine et me blessait les épaules avec des bretelles trop rigides. Les deux autres soutiens-gorges que j’ai acheté en magasin ont été confortables comme ils me l’avaient semblé lors des essayages. Ceux-ci sont de la marque allemande Anita qui est spécialisée dans ce domaine. Pour être franche, ils ne sont pas vraiment jolis. Par contre, le système d’ouverture est très solide et pratique (il va être hyper sollicité et supporté le lave-linge), la micro-fibre toute douce ce qui est important pour la peau fragile de bébé et lors des premières semaines de montée de lait ; la fibre est très élastique, une vraie nécessité quand votre poitrine prend un bonnet entre le matin et le soir. Ils ont été de fidèles compagnons pendant ces mois de maternage.

Dernière réflexion ô combien essentielle sur le vestiaire de la femme allaitante. J’ai pu remarquer qu’il était parfois tout à fait superflu d’investir dans des vêtements dédiés à l’allaitement. Parfois les marques conçoivent des habits très mal coupés avec des bandeaux de tissus dans tous les sens : on ne pige pas où doit sortir le sein, la coupe n’est pas avantageuse avec toutes ces épaisseurs. Il me paraît plus judicieux d’acheter des vêtements lambda qui s’ouvrent facilement et discrètement sur la poitrine, ou se soulèvent. Ils seront portables par la suite. Je déconseille effectivement totalement le fourreau en lycra moulant qu’il va falloir retrousser à l’arrachée chez papy et mamie pour nourrir votre poussin, ah aha !  

Je crois avoir fait le tour de ce sujet à l’heure où, un petit pincement au cœur, je sèvre ma pitchoune. Ces moments de vie sont révolus car les grossesses sont de l’histoire ancienne pour moi maintenant. Cela m’a fait plaisir de pouvoir partager mon ressenti sur ce choix qui m’a apporté beaucoup de joie auprès de mes enfants. Je respecte le fait que d’autres n’aient pas cette envie. Ce post n’a rien de militant. J’aimerais savoir ce que vous pensez de l’allaitement, expérience vécue ou non. Peut-être avez-vous des anecdotes positives ou négatives ?

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La minute intello, quelques chiffres glanés sur le net :

  • 68,1 % des nouveau-nés ont été allaités en 2016 en France.
  • 6 mois : durée d’allaitement préconisé par l’Organisation mondiale de la Santé.
  • 3 mois : durée moyenne d’allaitement en France.
  • 1 enfant sur 4 est allaité jusqu’à ses 6 mois.

Et un peu de lecture : http://sante.lefigaro.fr/article/vrai-ou-faux-10-idees-recues-sur-l-allaitement/

2 commentaires sur « The milky way (ou allaiter) »

  1. Super article, à la fois drôle et émouvant ! Merci pour ce partage non culpabilisateur ! Laissons aux femmes le droit de choisir d’allaiter ou non, et aussi d’y arriver ou pas (sans que ça ne soit pour autant un drame). Car à l’image de tes 3 expériences, il y a autant d’allaitements différents que chaque couple (mère/enfant) est unique… 😉

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