Une France en totale mutation

Loin de moi l’idée de me prétendre critique littéraire ou encore moins érudite à l’image d’un universitaire. J’ai juste l’ambition avec ce post de faire connaître un livre qui est sorti il y a peu et qui, selon moi, apporte dans un langage clair un éclairage sur l’état actuel de notre douce France. Il s’agit de « L’archipel français – Naissance d’une nation multiple et divisée » de Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’IFOP.

J’avais repéré l’ouvrage en tête de gondole dans le rayon « Actualité/ société » d’un magasin Cultura. Sa 4ème de couverture m’avait vraiment interpellé, moi qui me pose de nombreuses questions sur la marche de notre pays depuis la fameuse crise des gilets jaunes. En capitales était inscrit sur un large bandeau rouge en couverture : Où allons-nous ? J’avais vraiment envie d’avoir une réponse à cette interrogation.  

Vous pouvez lire l’intégralité du texte de la jaquette sur le site Babelio (et les commentaires de lecteurs).

En 379 pages, Jérôme Fourquet établit un diagnostic de l’état de la société française. Celle-ci est divisée pour de multiples raisons. Il ne m’est pas possible de vous les détailler – d’autant plus que là réside l’intérêt de lire l’ouvrage complet- mais je vais vous les introduire brièvement. La fracturation de la société française est due en partie à la perte d’influence quasi-totale de l’église catholique en France et du parti communiste. L’opposition entre ces deux « pouvoirs » créait une tension structurante qui n’est plus. L’évolution des modes de vie a aussi son importance : entre autres, la transformation du cadre familial (famille monoparentale, mariage homosexuel etc.), le peu de crédit accordé par des pans de la population aux grands médias aujourd’hui, l’esprit individualiste des nouvelles générations…   

Mais le fait majeur de notre époque en France est l’absence réciproque de compréhension des différentes strates sociales  : en clair les élites ne comprennent plus les classes populaires et inversement. Pire, elles vivent chacune l’une à côté de l’autre, mais n’ont plus le désir d’avoir un destin commun. Un exemple pour corroborer cette affirmation : l’évitement scolaire expliquant le succès de l’enseignement privé ; les classes aisées ne souhaitent pas que leur progéniture évolue avec des enfants de milieux moins favorisés.

Jérôme Fourquet revient ensuite abondamment sur la dernière élection présidentielle qui est une marque visible de cet éclatement de la société française. Emmanuel Macron a été le candidat des métropoles et des classes éduquées tandis que Marine Le Pen était plébiscitée par les habitants des territoires en difficulté. Selon l’auteur, les électeurs éduqués confiants en leurs perspectives dans une économie mondialisée ont appuyé Emmanuel Macron, son libéralisme affiché et sa volonté de réformes, tandis que les électeurs moins éduqués plus angoissés par des lendemains à leurs yeux peu chantants (plus de chômage, d’immigration, de désindustrialisation etc.) ont opté pour le cadre « protecteur » proposé par Marine Le Pen.

Bref, on comprend que les besoins et aspirations des uns et des autres ne sont pas les mêmes, voire à l’opposé. Comment à l’avenir parvenir à les concilier pour que la nation française soit soudée et motivée par un destin commun ? J’aurais bien aimé que Jérôme Fourquet réponde à cela, mais légère déception, ce n’est pas dans ce livre-là qu’on aura des scénarios de prospective. L’auteur en propose bien trois possibles mais en une vingtaine de lignes. Le bandeau rouge « Où allons-nous ? » est juste une technique marketing de son éditeur pour interpeller.

N’allez pas croire que ce livre ne m’a pas plu. J’ai trouvé que Jérôme Fourquet ne noyait jamais le lecteur mais au contraire établissait des constats de manière très accessible, appuyant ses propos par des graphiques, des cartes, de nombreuses statistiques. Son idée n’est pas de polémiquer mais d’exposer des faits de manière totalement objective. Si plusieurs fois, l’auteur rejoint les conclusions du géographe Christophe Guilluy (dernier ouvrage : No Society. La fin de la classe moyenne occidentaleFlammarion, 2018), il ne donne jamais son sentiment personnel contrairement au précédent, qui prend clairement parti pour les classes populaires.

Je ne donnerai pas non plus mon point de vue sur la question car je ne suis pas qualifiée pour cela et je ne blogue pas pour polémiquer. J’espère avoir rendu justice à ce livre que je vous incite à découvrir. Très instructif, il donne quelques clefs pour comprendre les bouleversements connus par notre pays et qui indubitablement nous concernent tous.    

2 commentaires sur « Une France en totale mutation »

  1. bonjour; j’ai l’impression que vous oscillez entre deux positionnements : craindre le pire ou tenter le meilleur, cette sensation de plus en plus partagée d’un temps exceptionnel qui nous sidère et nous paralyse, du style  » ben c’est foutu ! » nous empêche de penser , vous essayez de le faire malgré tout 🙂

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    1. Merci de votre commentaire. Je débute et cela me galvanise d’avoir des réactions autres que celles de mes proches…
      Effectivement j’ai un comportement un peu paradoxal. J’imagine que nous sommes très nombreux à être effrayés et à vouloir agir à notre niveau. Mais les problèmes environnementaux sont tellement écrasants à l’heure actuelle que nos actions peuvent sembler dérisoires. Sans parler de notre société qui nous pousse à la facilité en permanence (je pense par exemple aux produits suremballés souvent bien pratiques). Bonne journée !

      Aimé par 1 personne

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